du jeudi 10 janvier 2019 au samedi 2 février 2019
Vernissage jeudi 10 janvier 2019

de 16h à 21h

Laurence Bessas, la sculpture comme une respiration

A la sortie des « Beaux-Arts » Laurence Bessas s’était lancée dans la peinture à la main. Refusant les pinceaux et leurs traces hasardeuses, elle plongeait dans la matière, accumulait les couches de couleur, donnant ainsi naissance à des formes en suspens, à d’étranges silhouettes perdues dans l’espace.

Cette petite femme d’apparence fragile avait pourtant l’âme d’un sculpteur et dès qu’elle entreprit la taille directe, cette vocation artistique s’affirma comme une évidence. La pierre et le bois s’imposèrent comme les vecteurs d’une expression que l’on peut qualifier de forte, dense, singulière. Laurence Bessas travaille aujourd’hui le granit, le marbre, le bois, insufflant à la matière un supplément d’âme. Pour elle «Sculpter, c’est projeter dans l’espace son moi qui est mémoire collective et universelle. Sculpter, c’est comme vivre, c’est contracter le temps à chaque respiration».

Ses oeuvres sont précisément captivantes parce qu’elles semblent dépasser leurs contours pour gagner un au-delà invisible, imaginaire, multiple. Une façon très personnelle d’imprimer à la pierre ses émotions. Son oeuvre s’inscrit tout

naturellement dans ce thème poignant, la déréliction de l’homme perdu dans une sorte de no man’s land. Urban solitude pour tous ceux qui tentent vainement de gagner une terre meilleure, pour tous ceux qui rêvent d’un ailleurs moins désespérant. Les couleurs et les veinures des bois exotiques qu’utilise Laurence Bessas évoquent les chemins

tortueux qu’empruntent tous les errants, tous les migrants de la terre. Et l’on suit leur itinéraire en contemplant longuement ces sculptures abstraites, parfois imposantes par leurs dimensions mais donnant toujours à penser les contrastes, les vides, les pleins, les trajectoires. Une réflexion ouverte sur le monde contemporain.

Nicole Laffont

 

AGNÈS DONEAU “URBAN SOLITUDE”

Courbés sous un poids

parfois visible, parfois non,

ils peinent dans la boue ou dans la mer,

penchés, affamés,

Des hommes silencieux aux cafetans épais (….)

Cela peut être la Bosnie, la Syrie aujourd’hui,

la Pologne en septembre 39,

la France huit mois plus tard,

Thuringe en 45,

Somalie ou Afghanistan, Egypte, Palestiniens …

Et cette oblique, toujours, le corps penché

comme vers une planète autre, meilleure,

avec moins de canons, moins de neige, de vent,

moins d’Histoire (hélas, cette planète n’existe pas il n’y a que l’oblique).

Jambes lourdes

le pas très lent, très lent,

ils vont dans le pays nulle part,

dans la ville personne

sur la rivière jamais.

Poème d’Adam ZAGAJEWSKI

 

Urbaines Solitudes, suite photographique de NVR

Les solitudes croisées des urbains d’aujourd’hui forment un canevas d’instants de vie que la photographe NVR a patiemment rassemblés ici.

De Buenos Aires à St Pétersbourg, les grandes métropoles exsudent ce même sentiment chez les humains qui y vivent : ils se sentent minuscules et tout à fait seuls au milieu d’une foule fantasmée à laquelle jamais on ne peut recourir pour sortir de cette solitude.

Chacun, au contraire, est systématiquement et implacablement renvoyé à son statut de minuscule élément d’un processus qui échappe désormais à toute tentative d’humanisation : la grande métropole.

Dans la série d’images présentée ici, la photographe s’attache davantage à rendre l’atmosphère qui entoure les humains perdus dans la ville quelle qu’elle soit qu’à montrer des lieux en tant que tels. Les images ne sont jamais mises en scène et très peu retravaillées (quelques recadrages à la marge, rien de plus).