du samedi 1 juin 2019 au lundi 30 septembre 2019

Benoît Pingeot, par Camille Paulhan – « Dans l’atelier, je pollinise »


Je n’y peux rien, les ateliers m’émeuvent ; je voulais proposer pour thankyouforcoming des portraits d’atelier, des propos d’artistes glanés dans ces lieux, devant leurs œuvres. Il n’y est d’ailleurs pas forcément question de ces dernières, mais plutôt de ce qu’un atelier fait à la production artistique, de comment y travaille-t-on, comment y flâne-t-on.
Savoir, au juste, si et comment la lumière spécifique de l’automne sur les carreaux, l’acoustique défaillante ou les odeurs du restaurant mexicain au pied de l’immeuble influent sur les œuvres que produisent les artistes.
Savoir, également, ce qu’on y écoute comme musique, quelles cartes postales ont été punaisées aux murs, si l’on marche sur des bâches, du papier bulle, des points de peinture ou des chutes de papier. Y voir, aussi, les para-œuvres, les infra-œuvres, les pas-tout-à-fait-œuvres, les plus-du-tout-œuvres, et être donc au cœur du moment du choix.
Je n’avais pas très envie qu’apparaissent mes questions, elles se sont donc effacées.

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Site internet de l’artiste

Benoît Pingeot, Vue d’atelier, 2019

« Dans l’atelier, je pollinise »

Benoît Pingeot s’excuse : il n’a pas voulu ranger pour moi. Mais je suis ravie, c’est exactement ce que je voulais, m’éloigner de l’atelier-showroom, propret et mis en scène à dessein. Il avait été étonné, il y a deux ans, par ma demande sans doute un peu insistante : il m’avait ouvert une première fois la porte de l’appartement qu’il occupe actuellement, dans le Petit Bayonne. Cette rue, je l’avais découverte un jeudi soir, entre les beuglements braillards des étudiant·es saoul·es et l’odeur de bière de mauvaise qualité, à serpenter entre les bouteilles de verre cassées pour rejoindre la Nive. J’avais été surprise, en revenant de jour, de me rendre compte que son appartement silencieux, tout en longueur, ne semblait pas affecté par cette localisation particulière.
Pour cette seconde visite, une haie d’honneur m’attendait : j’ai dû me faufiler dans l’immense couloir, encombré du sol au plafond par des toiles sur châssis, face contre mur. Le salon, cet immense cocon, s’est retrouvé intégralement contaminé par la peinture, mais par le sol : des photocopies, des solvants, des pigments, des pinceaux et des palettes le recouvrent. La table en bois est envahie de tubes de peinture, de crayons, de livres : aujourd’hui, c’est La chambre claire et Lettres à Anne, mais cela pourrait être demain un dictionnaire ou des poèmes de Jean de la Croix. Ces derniers temps, Benoît dort dans l’atelier, il a déplacé un matelas sous une fenêtre ; d’ailleurs, l’odeur de térébenthine ne le dérange pas. Tout cela déborde, bien sûr, mais il y a ici et là des points d’ancrage, mystérieux et méditatifs : une photographie du visage de profil de Victor Brauner, où se dessinent de poétiques rides en patte d’oie, une reproduction de la Mélancolie de Dürer, une carte postale d’une crucifixion flamande… Et du texte, toujours, du plus informatif – horaires de messe, numéros de téléphone – au plus signifiant : articles de revues, poèmes. Je n’oublie pas que Benoît Pingeot, souvent, écrit sur les murs pour accompagner ses peintures. Tout déborde, encore une fois.

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