Exposition
Peter Halley – ‘Recent Paintings’
Almine Rech Monaco a le plaisir de présenter Peter Halley : Recent Paintings, la troisième exposition personnelle de Peter Halley avec la galerie.
Vernissage le 28 janvier de 18h à 20h. Discussion entre l’artiste et Stefania Angelini à 18h45, RSVP via ce lien
L’événement en images
« L’exposition monographique de l’artiste américain Peter Halley est une brèche colorée qui s’ouvre en plein mois de janvier, à contre-pied de la grisaille et des longues journées hivernales. Bien au contraire, les peintures de l’artiste new-yorkais émettent une radiation intense, une énergie qui ne se délaie pas, une énergie qui détonne. » — Stefania Angelini, curatrice
L’exposition monographique de l’artiste américain Peter Halley est une brèche colorée qui s’ouvre en plein mois de janvier, à contre-pied de la grisaille et des longues journées hivernales. Bien au contraire, les peintures de l’artiste new-yorkais émettent une radiation intense, une énergie qui ne se délaie pas, une énergie qui détonne.
Peter Halley naît à New York en 1953, épicentre social explosif aux contrastes violents, construit sur un plan urbanistique univoque aux angles raides. De cet environnement naît une pensée de la structure, de l’enfermement, de la circulation contrainte. Ses peintures – les “cellules” et les “conduits” – deviennent alors les métaphores d’un monde hyper connecté mais cloisonné, où l’individu maintient fatalement son isolement. Depuis les années 1980, Halley développe un langage géométrique persistant, nourri à la fois par le minimalisme, la culture numérique alors naissante et l’iconographie urbaine inspirée de son environnement immédiat.
L’œuvre de Peter Halley s’inscrit dans la généalogie de l’École de New York et plus particulièrement dans le sillage de l’expressionnisme abstrait, dont il se démarque cependant en refusant d’associer l’art à une dimension purement spirituelle. Halley se construit ainsi en opposition à cette vision : l’artiste théorise et mobilise l’abstraction géométrique pour analyser la société contemporaine et ses mécanismes de contrôle.
Dans cette perspective, sa pensée s’inscrit dans un dialogue explicite avec plusieurs courants européens, en particulier la philosophie française de la seconde moitié du XXᵉ siècle. L’influence de penseurs tels que Foucault, Lyotard ou encore Baudrillard, que l’artiste n’hésite pas à nommer, apparaît nettement : trouvant des résonances avec le structuralisme, l’artiste associe les formes géométriques répétitives à la question du contrôle et de l’ordre social à travers la technologie, l’architecture et le développement.
Ce lien avec l’Europe se retrouve également artistiquement. L’œuvre de Halley peut être rapprochée des recherches du groupe de design Italien Memphis avec lequel il partage un certain nombre d’inspirations et préoccupations : rupture avec le modernisme, intégration d’un vocabulaire issu du pop, valorisation de matériaux industriels nouveaux, usage d’une expressivité teintée d’humour et attention portée aux transformations conduites par la connectivité et la communication, situent ces pratiques dans un horizon commun.
À travers elles, il devient possible de remonter jusqu’à la matrice historique du Bauhaus du début du siècle, dont la dissolution sous la pression du régime nazi entraine l’émigration vers les États-Unis. Le Bauhaus avait alors déjà amorcé une réflexion sur la modernité, articulant architecture, technologie, société tout en opérant un décloisonnement disciplinaire qui trouve des prolongements dans l’œuvre de Halley. La figure de Josef Albers constitue à cet égard un jalon significatif. Professeur à Yale quelques années avant que Peter Halley n’y poursuive ses études, il est le représentant d’un héritage moderniste ambivalent.
On peut également déceler une correspondance avec l’œuvre de Lygia Clark, qui, au Brésil, élabore une abstraction issue de la tradition constructiviste tout en lui conférant un rôle opératoire dans l’analyse de la condition sociale, notamment à travers une interrogation des relations entre corps, espace et dispositif. Chez elle comme chez Halley, la forme géométrique fonctionne comme support conceptuel plutôt que comme pure entité visuelle. Halley se distingue cependant de ces références, encore marquées par le modernisme et la phénoménologie — une approche qu’il n’invoque jamais directement, bien qu’elle traverse implicitement toute son œuvre. Indissociable de l’œuvre très graphique de Frank Stella, la recherche de Peter Halley n’a de cesse d’aborder la question sociale à travers l’expérience, ce qui le place dans la continuité d’artistes issus du minimalisme tels que Agnès Martin, Dan Flavin et certainement plus encore dans le prolongement du post-minimalisme de Robert Smithson.
L’évolution de l’œuvre de Peter Halley apparait à la fois manifeste et transparente : les premières œuvres des années 1980 se caractérisent par une économie extrême : compositions quasi mutiques, réduites à quelques éléments uniquement, souvent monochromes. Halley désigne ces œuvres comme “nominales”, terme qui souligne leur dimension minimale, presque déclarative. A partir de 1989, ces conduits, canaux, se multiplient et n’opèrent plus en circuit fermé mais totalement déraisonné. Les couleurs – peintures à base de pigments/colorants organiques et fluorescents Day-Glo (caractéristiques des techniques de la deuxième moitié du XXᵉ siècle) s’entrechoquent et témoignent d’une saturation forcée du réel. Plus expressives, elles sont désignées comme “verbales”. Une évolution progressive et croissante, liée aux étapes biographiques de l’artiste qui ne cesse de rappeler un processus instinctif et donc subjectif.
L’exposition présentée à la galerie Almine Rech rassemble des œuvres récentes, produites entre 2023 et 2025, qui témoignent d’une dynamique renouvelée : les conduits ont disparu, les surfaces chromatiques se prolongent, les espaces contigus repoussent leurs limites internes. Ainsi, la symbolique du sous-sol, connectique binaire et linéaire, laisse la place à des structures plus évasives et par le déploiement de ces œuvres dans l’espace, les cellules semblent se démultiplier de manière plus inquiétante et fulgurante, se propageant à tous les champs. Peter Halley semble ici effectuer un déplacement, d’une communication en réseau, tel que les prémices d’internet et des nouvelles technologies nous le permettaient, à une transmission plus vaste, celle incommensurable de l’Intelligence Artificielle, qui se colporte partout et sans limites. Les œuvres semblent être devenues indomptables, machinerie hors de contrôle ; un monde où les structures que nous avons produites semblent désormais se répandre autonomement, reconfigurant l’espace et les subjectivités.
Deux pièces inédites, White Prison and Purple Prison, produites spécifiquement pour cette exposition se distinguent de l’ensemble des œuvres présentées à la galerie, révélant l’imaginaire de l’artiste en regard de nos scènes méditerranéennes : ces deux œuvres, plus contenues, au fond lumineux, rappellent nos ciels bleus pressentis derrière les barreaux. L’artiste sort de son paysage habituel et nous invite à vivre notre propre environnement à travers son théorème. Critique sans jamais s’abandonner à une vision pessimiste, Peter Halley persévère sur une tonalité absurde et parodique, n’hésitant pas à associer les couleurs flamboyantes et discordantes.
Ses toiles, saturées de couleurs vives, oscillent entre des surfaces lisses et hyper texturées, travaillées au Roll-a-Tex – peinture mate, pochée, à base de résine acrylique, “pour travaux élémentaires”. Une technique qui simule les pratiques peu coûteuses de la construction et en révèle ses artifices. C’est cet inlassable jeu d’oppositions qui rend l’œuvre de Peter Halley surprenante. Alors qu’il développe un vocabulaire autour du concept de répression et de réclusion, notamment par l’association directe de ses formes carrées aux prisons, il choisit délibérément la couleur fluo pour les représenter. Halley, avec humour et précision, continue d’interroger la relation entre l’utopie moderniste et la réalité digitale. Ses œuvres, irradiantes, traduisent autant une énergie plastique qu’un diagnostic du présent : celui d’une société où la couleur sert à masquer les murs, mais aussi à s’en évader.
— Stefania Angelini, curatrice



