du mercredi 3 juillet 2019 au samedi 28 septembre 2019
Vernissage samedi 29 juin 2019

à 18h

L’ÂGE DU DOUBLE, Exposition de Brice Dellsperger


Brice Dellsperger, Body Double 35, 2017
film 2K, couleur, son 29 min. 56 sec., en boucle
D’après «Xanadu» (Robert Greenwald).
avec François Chaignaud
© Brice Dellsperger
Courtesy de l’artiste et Air de Paris, Paris.

 

La Station présente L’ÂGE DU DOUBLE, exposition personnelle de Brice Dellsperger, en parallèle de FUCKING PERFECT, Body Double 36 à la Villa Arson et dans le cadre de la Biennale des Arts, L’odyssée du cinéma, les 100 ans de la Victorine organisée par la ville de Nice.

Réunissant plusieurs films de la série Body Double, ainsi que des archives de travail (affiches de films de références, storyboards, dessins, peintures, photographies), L’âge du double donne à voir les multiples facettes composant l’univers kaléidoscopique de ce vidéaste.

Le travail de Brice Dellsperger se concentre sur une relecture de certains moments du cinéma, notamment des années 70 et 80 : Carrie, Passion, Blow Out, Basic Instinct, Orange Mécanique… Le titre générique de la série Body Double fait par ailleurs référence au film éponyme de Brian de Palma réalisé en 1984.

Le phénomène du remake, ou de la reprise en tant que genre à part entière, consiste à remettre en scène, réinterpréter une histoire, un texte, un scénario, à l’identique. Exemple caractéristique, Psycho de Gus Van Sant (1998) reprend plans par plans la version originale réalisée par Hitchcock en 1960. Chez Brice Dellsperger, la reprise fonctionne davantage comme une copie «truquée» ou une citation : l’artiste ne respecte qu’en partie l’œuvre originale dont il s’inspire et s’émancipe ainsi d’une vision trop cinéphile de l’exercice. L’artiste ne s’intéresse qu’aux séquences les plus iconiques des films qu’il sélectionne, produisant ainsi des vidéos de format court : la scène de la douche dans Carrie, l’interrogatoire dans Basic Instinct, l’orgie dans Eyes Wide Shut… un répertoire pop qui fournit à l’artiste une source inépuisable de clichés et de stéréotypes.

Body Double 36, qu’il réalise à la Villa Arson pour l’exposition Fucking Perfect, reprend la fameuse séance d’aérobique, suitante de lycra et de tension sexuelle, jouée par Jamie Lee Curtis et John Travolta dans le film Perfect (1985).

Les films Body Double sont réalisés systématiquement avec des doublures et du doublage. Grâce à des effets spéciaux — consistant notamment à incruster et dupliquer les acteurs dans un décor fixe, perturbant parfois les rapports d’échelle — la reprise bascule dans une facticité assumée. Seule la bande sonore reste parfois identique à l’originale et le cas échéant, les acteurs miment les dialogues en tentant de respecter la diction et le rythme de la parole. Ce principe du lip-sync fait directement écho à l’univers des drag-queens, qui dans leurs spectacles reprennent de manière outrancière des chansons emblématiques de la culture pop.

Sauf rare exception, la séquence choisie est rejouée par un.e act.eur.rice travesti.e assumant tous les rôles, masculins comme féminins. En brouillant la frontière entre les genres, Brice Dellsperger cite une fois encore la scène drag et trans mais signe surtout un positionnement esthétique. Par la répétition et la rupture, le jeu d’acteur, performatif et dédoublé, perturbe la notion d’identité dans son caractère indivisible et consubstantiel.

Les notions de genre et de sexe, ici traitées par le prisme du miroir et de la répétition, ouvre le champ à un questionnement iconoclaste des codes de représentation populaire. Par l’usage de l’artifice, de la fragmentation et du dédoublement, Brice Dellsperger éclate l’unité de l’œuvre filmique pour in fine s’affranchir des paradigmes cinématographiques.