Exposition
Bertien van Manen : Les échos de l’ordinaire
Commissariat : Jérôme Sother, François Cheval, Yasmine Chemali
Exposition coproduite avec le Centre d’art GwinZegal, Guingamp et avec la Fondation Bertien van Manen, Amsterdam.
Cette exposition fait partie de la programmation des Rencontres d’Arles dans le cadre du Grand Arles Express.
L’événement en images
Fille d’un ingénieur des mines de charbon des Pays-Bas, elle part en 1985 aux États-Unis, dans les Appalaches, à la recherche de femmes travaillant dans les mines.
Vernissage vendredi 3.07.2026, 18h30
Les photographies de Bertien van Manen (1935-2024) ne tiennent ni du journal intime, ni de l’album de famille. Si certains codes visuels peuvent y faire penser, elles ne répondent à aucun de leurs prérequis. Il n’est question ni d’elle, ni de rituels, d’événements ou de mises en scènes planifiées. Elles ne correspondent pas non plus aux canons du spectaculaire et aux lieux communs du photojournalisme ; les événements historiques ou politiques sont bien absents du centre de l’image. Son oeuvre pourrait se définir comme une chronique intime et subjective de la vie des gens ordinaires, qui, ballottés par les vents d’une histoire qui s’écrit sans eux et parfois les dépasse ou les écrase, tentent de s’en sortir du mieux qu’ils peuvent – et c’est souvent bien plus héroïque qu’on ne le croit. Le hasard d’un autoportrait nous montre la photographe, une femme audacieuse, les cheveux en bataille, manches retroussées : on l’imagine libre, forte, rebelle et tenace. Une éphémère carrière de mannequin conduit Bertien van Manen à passer de l’autre côté de l’objectif pour commencer une vie de photographe de magazine. Elle montre vite cependant une acuité sociale et un engagement en réalisant plusieurs reportages sur des femmes migrantes, turques, marocaines, yougoslaves… venues aux Pays-Bas pour travailler et échapper au déterminisme de leur condition. C’est en feuilletant Les Américains (1958), livre de Robert Frank, que Bertien van Manen aura le déclic de la photographie qu’elle veut réellement faire et du monde qu’elle souhaite raconter. C’est dans cette distance et cette proximité qu’elle souhaite désormais s’inscrire. Elle ne cherchera plus à illustrer le monde, mais à le vivre en étant au plus proche des êtres et des choses, des communautés qui la fascinent.
Fille d’un ingénieur des mines de charbon des Pays-Bas, elle part en 1985 aux États-Unis, dans les Appalaches, à la recherche de femmes travaillant dans les mines. Ces travailleuses du charbon vivent dans des petites maisons, ou parfois entassées dans des caravanes, des mobil-homes ou des constructions improvisées dans les bois. La photographe délaisse son matériel photographique professionnel pour arborer un petit appareil 35 mm d’amateur. Adieu les commandes de mode ou de magazine, c’est dans une autre temporalité qu’elle accède à une intimité intense et sans artifice, qui lui fera partager la vie de cette communauté pendant plus de trente ans, lors de multiples séjours. Jamais cyniques, ses images oscillent entre beauté et chaos, on peut y suivre sur plusieurs générations la vie quotidienne de ces familles dans leurs difficultés et dans leurs rires. Elle y façonne un style documentaire et subjectif qu’elle exprimera pleinement par le livre plus que par l’exposition. Elle gardera aussi de l’ouvrage de Robert Frank la soif insatiable du voyage et des rencontres, qui ne cesseront d’alimenter son existence. « Je ne dors nulle part aussi profondément que lorsque je voyage, dans un lit anonyme, dans un endroit étrange, me réveillant sans savoir où je suis, pensant que personne d’autre ne le sait non plus », peut-on lire dans les pages de son journal. Ce n’est sans doute pas un hasard si le lit, comme élément de mobilier, apparaît de manière récurrente dans son oeuvre. C’est le lieu le plus privé, où l’intimité se déploie dans le sommeil, les rêves ou les étreintes. Bertien van Manen sera l’une des premières à se glisser derrière le rideau de fer pour documenter la vie post-soviétique en Russie, Moldavie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan et en Ukraine, lors de dizaines de voyages entre 1991 et 2009. Elle n’est pas une photographe de rue, les relations qu’elle tisse sont plus intimes : c’est à l’intérieur des appartements, de leurs cuisines, salons et chambres à coucher, qu’elle nous emmène, tard dans la nuit ou tôt le matin. « Je dois aimer les personnes que je photographie. Je dois ressentir une attirance, une fascination », confesse la photographe. Cette exposition nous fait découvrir pour la première fois en France une artiste profondément féministe et engagée. Spectacle de vies ordinaires et humbles, la photographie de Bertien van Manen, loin du sensationnalisme et des récits dominants, construit une oeuvre documentaire singulière, portée par une empathie de tous les instants.
Remerciements
Iris Bergman, Joris van Manen, Willemijn van Manen
Exposition réalisée avec la fondation Bertien van Manen, Amsterdam, en coproduction avec le Centre d’art contemporain d’intérêt national GwinZegal, Guingamp. Avec le soutien de l’ambassade du royaume des Pays-Bas.






