du vendredi 8 février 2019 au dimanche 26 mai 2019
Vernissage jeudi 7 février 2019

à 18h

 

Pierre René Worms, Soft Cell. Photographie Courtesy de l’artiste

 

Galeries du Patio et des Cyprès

Rita Ackermann, Aude Anquetil, Fabienne Audeoud & John Russell, Fabienne Audeoud, Avaf, Nina Beier, Alexandra Bircken, Norbert Bisky, Travis Boyer, Anne-Lise Coste, Liz Craft, Brian DeGraw, Liz Deschennes, Dscthk, Vava Dudu, Elmgreen & Dragset, Roe Ethridge, Theodore Fivel, Sylvie Fleury, Georg Gatsas, Lise Haller Baggensen, Maria Hassabi, Celia Hempton, Jacob Kassay, Tarik Kiswanson, Tarek Lakhrissi, Lily McMenamy, Cécile Paris, Oliver Payne & Nick Relph, Emilie Pitoiset, Eileen Quinlan, Pierre René Worms, Azzedine Saleck, Segondedurante, Apolonia Sokol, Cheyney Thompson, Betty Tompkins, We Are The Painters, Nicole Wermers

(liste sous réserve de modifications)

Commissariat : Yann Chevallier

En partenariat avec le Confort Moderne – Poitiers

Après l’exposition Tainted Love (Where did our love go) organisée en 2017 à Poitiers pour la réouverture du Confort Moderne, la Villa Arson propose une version « Club Edit » avec la complicité de Yann Chevallier et d’une trentaine d’artistes venant de tous horizons.

« La meilleure définition d’une « fonction de l’égo » serait la suivante : apprendre à prendre plutôt que désirer. Cela paraît certes possessif et dominateur. Mais, en réalité, ceux qui ont appris à prendre sont plus modestes que ceux qui sont englués dans le narcissisme du désir indéfini. »

Richard Senett, Les tyrannies de l’intimité, 1979

Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai entendu ce tube de Soft Cell, le disque tournait dans les discothèques de province où je trainais adolescent, nous dansions sans conviction, plus concentrés sur les parcelles de peau offertes à nos regards et les flirts potentiels que sur la musique. A cette époque je ne savais pas encore qu’il s’agissait de paroles de rupture. Je ne savais pas encore ce qu’est une rupture.

Deep inside

Glasgow, milieu des 9O’s, le Sub Club baigne dans une ambiance enfumée au son d’une House entêtante et sexy, les corps ondulent et forment une masse à la fois compacte et ruisselante. A l’aube, il me semble reconnaître un clavier lointain, étouffé par les basses profondes et continues qui cadencent le set depuis des heures. Les basses s’estompent jusqu’à disparaître, Tainted Love raisonne dans ce temple de l’underground. Le morceau est étiré sur plus de vingt minutes, le dance floor chavire, les sourires sont immenses, les pupilles dilatées, peau contre peau, des baisers à pleine bouche, des traces de toi.

Non stop erotic cabaret

Je retrouve Tainted love sur l’album « Non stop erotic cabaret ». C’est un album pop, sombre et subversif. La bande son idéale d’un peep-show sordide et sentimental où désirs, fantasmes et tabou dansent derrière un miroir sans teint, de la gloire à l’obscurité. Le cabaret d’une mise à mort grandiloquente du biographique pour entrer dans la fiction de soi dont Tainted Love est le refrain cathartique.

Côté clip, Mark Almond et Dave Ball en toge sur le Mont Olympe, Marilyn Manson vampirisant une fête de lycée avec ses potes gothiques, un jeune homme en jean et

t-shirt blanc qui danse seul dans sa chambre la nuit, un chanteur en incrustation dans les étoiles au dessus de son lit : certaines chansons semblent résister à l’image. L’exposition aussi résiste à l’image, le titre ne donne pas d’indices. Des amours teintés de rose pale, de noir profond et de rouge sang.

Where did our love go ?

Cette exposition ne parle pas, l’image est fixe, le son coupé. Des vêtements élégants, des corps fragmentés, des silhouettes suggérées qui dansent sur ce hit aux paroles de coeurs noirs multiplient les effets de suspension et simulent un mysticisme sentimental. Les oeuvres posent, les vies se croisent, le sensible s’expose. L’intime, le secret, les alcôves, les chambres et autres lieux de rencontre deviennent l’espace même d’une exhibition, d’un explicite. Les bons sentiments et la morale permettent souvent l’accession au pouvoir des cyniques. Endosser des identités hybrides, réversibles et mouvantes, faites de jeux, de masques, de travestissement, permet de garder entière sa liberté d’embrasser un réel scandaleux.