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Projection

Philippe Favier – Aux Déchirants Départs des Archipels Superbes, 1983 

Projection programmée à l’occasion d’OVNi, biennale de l’image en mouvement

Originaire de Saint-Étienne, Philippe Favier (1957-2026) s’est tôt fait remarquer pour ses qualités de dessinateur et de graveur de miniatures. Sa pratique empruntait aussi volontiers à la poésie, à la photographie et au cinéma, comme en témoigne cette vidéo dont le titre reprend un vers du poème de Paul Valéry, « La Jeune Parque ».

Il était aussi un conteur, qui aimait à inscrire ses œuvres dans une narration alliant lyrisme et humour. Ainsi expliquait-t-il par exemple que cette vidéo de jeunesse, réalisée avec Jacques Bonnaval, « fils de pharmacien » et futur directeur de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, trouvait son origine dans un projet de peinture d’« un Kama Soutra sur des hosties », idée provocatrice qui se serait peu à peu muée, sous l’effet de ses scrupules :

« Plus agnostique qu’athée, je perçus comme une sorte de possible outrage d’utiliser ces échantillons christiques à des fins lubriques. C’est ainsi que je décidais de déplacer mes amants de l’hostie à l’aspirine. D’un pinceau délicat, mais déterminé, je déposais le premier couple sur le cachet. Sous l’effet conjugué d’une compréhensible impatience et de l’effervescence, le couple se mit à bouger avec une attendrissante mollesse. Sans préjugé de l’avenir de cette bouleversante liaison, mon premier et unique film allait – lui – naître de cette union. […] Comme dans tous bons blockbusters, il aura fallu pas moins de trente-cinq prises (cachets) pour arriver à immortaliser ces… “Déchirants départs des archipels superbes.” (Paul Valéry) » 
Philippe Favier, novembre 2024

Dans cette œuvre historique, on peut en effet voir la main de l’artiste ébaucher au pinceau une forme évoquant un couple enlacé sur un comprimé effervescent, le tout accompagné d’une chanson confirmant, elle aussi, ce mélange de lyrisme et de dérision qu’affectionne Philippe Favier : O solitude, my sweetest choice, composition baroque du xviie de Henry Purcell met en effet en musique la traduction anglaise d’un poème, « La Solitude », qui a consacré l’écrivain français Saint-Amant.

Avec la disparition tragique de Philippe Favier en 2026, la Principauté et les Ballets de Monte-Carlo ont perdu un ami. Collaborateur régulier de la Compagnie pour laquelle il avait contribué à plusieurs scénographies (Opus 50, Miniatures, L’Île), il avait notamment créé un rideau de scène pour l’Opéra de Monte-Carlo et réalisé l’affiche du centenaire des Ballets Russes.

Image : Philipppe Favier, Aux Déchirants Départs des Archipels Suprèmes, 1983 – vidéo réalisée par Jacques Bonnaval – 5:22 min. – Collection Nouveau Musée National de Monaco, n°2025.12.1