Exposition

Volume Spaghetti

Tous les jours, de 17h à 22h Julien Tardieu est l’artiste invité pour cette cinquième édition du Noël de l’Art, parcours d’art contemporain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occasion, il a conçu une série d’expositions intitulée Volume Spaghetti, qui se déploie dans des vitrines et boutiques fermées durant cette période hivernale. Comme les années […]

Tous les jours, de 17h à 22h

Julien Tardieu est l’artiste invité pour cette cinquième édition du Noël de l’Art, parcours d’art contemporain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occasion, il a conçu une série d’expositions intitulée Volume Spaghetti, qui se déploie dans des vitrines et boutiques fermées durant cette période hivernale. Comme les années précédentes, ce projet a été mené dans le cadre d’une résidence d’artistes en milieu scolaire. Les réalisations présentées sont le fruit d’une étroite collaboration entre l’artiste et les enfants qui ont participé à ces ateliers.

Au départ de Volume spaghetti, il y a eu le dessin. Rien d’étonnant à cela quand on sait que pour Julien Tardieu, le dessin s’inscrit dans une pratique quotidienne. Il remplit notamment des carnets Moleskine de grilles, de trames, à l’intérieur desquelles des formes abstraites aux couleurs vives semblent flotter ou enfermées. L’ambiguïté réside en partie dans ce sentiment double. La trame isole-t-elle la forme ou est-elle une surface de libre circulation ? Le dessin est-il la variation d’un même système cloisonnant les figures ou advient-il au fur et à mesure, guidé par l’intuition d’une couleur ou d’une courbe ?

Lors de ces ateliers dans les écoles d’Embrun, Julien Tardieu a défendu cette double appréhension. Il a invité les enfants à investir de grandes feuilles de papier, de formes géométriques sans qu’elles ne se touchent les unes les autres, en laissant planer le mystère sur les évocations que produiraient ces agencements. Que peuvent bien raconter des carrés, des triangles, des ronds réunis dans un même espace ? Inévitablement, on imagine des paysages, des cartes routières, des vues aériennes. Un rectangle n’est-il pas la parfaite représentation d’une maison vue du ciel, et un cercle, d’une piscine pneumatique ?

Le dessin n’exige pas d’idées préconçues, seulement à posteriori, selon le fameux test de Rorschach, on y découvre toujours ce que l’on veut y voir. Des cartes de chasse au trésor en l’occurrence pour les enfants. C’est peut-être dans ce réservoir infini de représentations que l’abstraction peut aussi se révéler fascinante, parce que par nature, elle est multiple.

D’ailleurs, même si la trame est un motif récurrent chez Julien Tardieu, on sent qu’à tout moment, il peut opter pour un autre système, suivre un autre chemin. Cette part d’incertitude, d’aventure même, est intrinsèque au dessin. Un trait en amène toujours un autre sans qu’il n’ait pu être anticipé. Il y a toujours quelque chose qui échappe. Le dessin est davantage la trace d’un geste, qu’une image en soi. Il est un processus de pensée et non la simple projection d’idées.

Dans ses expositions, Julien Tardieu associe souvent à ses dessins des installations – des dessins mis en espace, à l’échelle des lieux. Il a ainsi accompagné les enfants dans le passage de la 2ème à la 3ème dimension. Des effets de surface se jouent maintenant en volume. Concrètement, il s’agit de panneaux de bois découpés sur lesquels les enfants ont inscrit des motifs simples et colorés. Il y a quelque chose de l’ordre de la mise en scène, avec le plaisir simple qu’elle inspire, celui d’associer des formes et des couleurs, comme dans n’importe quel jeu de construction. Certaines planches tourneront d’ailleurs sur elles-mêmes comme un manège, ou plutôt elles se dandineront car le mouvement a volontairement été saccadé. Comme si le cours des choses n’était pas complètement réglé d’avance. Particulièrement pour le dessin. Ce qui me fait penser que les spaghettis seraient au dessin, ce que la purée serait à la peinture. Indépendamment de leur complexité mutuelle, les pâtes me semblent être une parfaite métaphore de ces fils de pensée que tissent le dessinateur. Enfin les spaghettis n’incarnent-elles pas le plus justement la réhabilitation du sous-genre, en l’occurrence celui du western italien en référence à son grand-frère américain, en ôtant la glorification des valeurs traditionalistes au profit du second degré ?

 

Solenn Morel


 

Noël de l’art

Parcours d’art contemporain, centre-ville d’Embrun

Exposition du 02 décembre 2017 au 07 janvier 2018

Tous les jours de 17h à 22h

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