Exposition

Parade du OUI et du NON et cinéma en pièces détachées

Exposition de Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi Avec l’aimable participation de René García Atuq,Babi Badalov, Elisabetta Benassi, Alevtina Kakhidze, Julien Loustau et Sophie Nys   Samedi 15 avril :
 A 16h : Parade du OUI et du NON. Départ : Jardin de l’Archevêché / Merci de venir habillé en noir et blanc A 17h : […]

Exposition de Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi

Avec l’aimable participation de René García Atuq,Babi Badalov, Elisabetta Benassi, Alevtina Kakhidze, Julien Loustau et Sophie Nys

Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi, Divisio, 2017

 

Samedi 15 avril :


A 16h : Parade du OUI et du NON.

Départ : Jardin de l’Archevêché / Merci de venir habillé en noir et blanc

A 17h : vernissage en présence des artistes

 

Entretien entre Solenn Morel, directrice du centre d’art contemporain Les Capucins, Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi :

Solenn Morel. Parade du OUI et du NON & Cinéma en pièces détachées s’articule autour de trois formes — une parade, une exposition et un film — et se nourrit de références multiples : la peinture murale de Lorenzetti, située à Sienne (1338–39), les écrits de l’historien Yves Cohen, la tradition du carnaval au Moyen Âge, le cinéma de Pasolini et de la Nouvelle Vague, etc. Qu’est-ce qui a motivé cette recherche à entrées multiples ? Quel élément a été déclencheur ?

Paolo Codeluppi. C’est la question du politique qui nous a intéressés. Nous avons essayé de l’aborder, de la traverser par différents biais.

Kristina Solomoukha. La révolution en Ukraine, fin 2013–début 2014 a sans doute été l’élément déclencheur. Originaire de Kiev, ces évènements m’ont particulièrement touchée. J’ai ressenti la nécessité de formuler ces questions au sein de ma pratique artistique. Lors de l’un de mes séjours à Kiev, je suis tombée par hasard sur une conférence de l’historien français Yves Cohen, Nouvelle politique des rues. Il décrivait et analysait des nouvelles formes de représentations démocratiques apparues en Ukraine, mais aussi dans de nombreux autres pays, et plus particulièrement la notion d’horizontalité qui surgit à travers les récentes révolutions et révoltes partout dans le monde.

PC. Nous avons interviewé Yves Cohen, et avons cherché à donner une forme plastique à cet enregistrement.

SM. S’agit-il du film que vous présentez à Embrun ?

PC. Oui. C’est en découvrant la peinture murale d’Ambrogio Lorenzetti au Palazzo Pubblico à Sienne que l’idée nous est venue de mettre en relation cette représentation picturale et la parole d’Yves Cohen — les mots et les images.

SM. L’image comme porteuse d’un programme politique ?

KS. C’est exactement cela qui nous a intéressé dans la peinture de Lorenzetti. À travers des représentations allégoriques, elle donne à voir une structure selon laquelle s’organiserait le pouvoir. Et surtout le fait que ce pouvoir est bon, non pas parce qu’il est détenu par le prince ou par le gouvernement élu démocratiquement, mais parce que ses effets bénéfiques sont perceptibles dans la vie de chacun.

SM. L’idée du film précède l’exposition ? Comment se sont-ils greffés ensemble ensuite ?
PC. Il y avait le film, mais l’exposition finalement y était dès le départ aussi. Car en tant que plasticiens, nous abordons le film aussi bien dans sa durée que dans sa forme dépliée dans l’espace.

SM. L’exposition englobe le film, en intégrant certains de ses éléments dans l’espace, incluant aussi la parade.

PC. Oui, l’exposition, telle qu’elle s’est cristallisée à Embrun, est un prolongement de la réflexion sur les sujets abordés au sein du film, dans l’espace des Capucins et dans la ville avec la parade. Certains éléments du film y sont présents sous forme d’objets et d’images. Il y a des drapeaux et les banderoles utilisées lors de la parade.

KS.Au départ,quand le film n’était pas encore terminé,on l’imaginait dans l’espace de l’exposition comme un ensemble de fragments connectés. Finalement il a pris une forme plus linéaire et autonome, celle d’une projection.

PC. L’exposition se trouve au croisement du film et de la parade, elle permet leur rencontre.

SM. C’est la première fois que vous réalisez une parade, mais l’idée vous trotte dans la tête depuis longtemps. Pourquoi Embrun ?

KS. L’échelle de la ville nous plaît, dans le sens où faire une parade à Embrun pouvait réellement rassembler les gens, créer un évènement.

PC. On sollicite différents acteurs de la population locale : la maison de retraite, la musique municipale, les écoles. On s’appuie sur eux pour organiser les différentes sections de la parade.

SM. Avec pour seul message : le oui et le non ?

PC. C’est le titre de la parade en effet. Nous l’avons conçu comme une forme programmable, ou une formule mathématique. Il y a le « oui » et le « non », le noir et le blanc, comme les X et les Y d’une opposition dont le sujet n’est pas énoncé. Mais les gens sont là pour partager cette opposition ; le fait d’être dans la rue, d’occuper l’espace commun ensemble permet d’imaginer le débat public.

KS. Notre projet emprunte à la manifestation politique, au carnaval, au défilé militaire, à la procession religieuse, le fait d’être là, ensemble, et de rendre son corps parlant. Nous avons aussi proposé à d’autres artistes de réfléchir avec nous à cette question, en les invitant à concevoir des dessins pour les drapeaux et les banderoles.

SM. Cela maintient les choses dans une relative abstraction, une forme très ouverte.

KS. D’une part, le fait que la parade soit une forme programmable et qu’elle puisse être réactivée nous intéresse. D’autre part, nous l’inscrivons dans le contexte de l’exposition qui donne des clés de lecture précises.

PC. Le but est de prendre l’idée que nous avons du politique pour la démonter, la déconstruire, puis la reconstruire au sein de ces trois dispositifs : film, exposition, parade. Et de faire ce que nous appelons du « cinéma en pièces détachées », une sorte de catalogue d’éléments qui nous permet de raconter des histoires.

 

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