Exposition

FAUSSES VACANCES

BAPTISTE CESAR
L’artiste dont je parle est un homme secret. Quand je l’ai connu, voici bien longtemps, je l’ai appelé
Arsène Lupin. C’est un gentleman, n’en doutons pas, mais un cambrioleur – je ne sais pas. Il est secret. Je vais plutôt parler de l’artiste.

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L’artiste dont je parle est un homme secret. Quand je l’ai connu, voici bien longtemps, je l’ai appelé Arsène Lupin.

C’est un gentleman, n’en doutons pas, mais un cambrioleur – je ne sais pas. Il est secret. Je vais plutôt parler de l’artiste. (Il expose, c’est le contraire du secret). Cet artiste a plusieurs cordes à son arc. Parfois, je m’y perds un peu : on aime bien aller vite et cataloguer dans les tiroirs de nos neurones. On a tort. Par commodité, je vais l’appeler Baptiste César (je reviendrai sur ce point).

Par exemple, c’est un artiste qui transforme en sculptures pop des cactus qui font partie du code visuel de la Côte d’Azur. Ils font aussi partie du code visuel des dessins animés de Hanna et Barbera. On se demande si la côte d’azur n’essaye pas de ressembler à un dessin animé très lointain. Voilà l’effet qu’il me fait, cet artiste, il me fait me poser ce genre de questions. Je crois que l’artiste Baptiste César ne travaille pas sur le versant « désenchantement du monde ». Certes, il connaît la laideur des faubourgs (voire de la Riviera) et tout ça, mais il y trouve toujours le moyen de nous faire réfléchir, et rire, et sourire. Je suis assez content qu’il montre la photo d’une ancienne ruine de jetée sur une plage de Nice, car toutes les jetées qu’il a construites ensuite vont bien au-delà d’une
nostalgie facile. C’est le fil à suivre : voilà cette photo, voilà son intervention sur ce lieu, voilà ce qu’il fait dans les caves majestueuses de la Villa Arson (qui n’existent plus), voilà… voilà ce qu’il fait aujourd’hui dans cette exposition. Et les dessins préparatoires de la dernière étape : tellement attentifs aux détails, à l’exactitude d’un style décoratif dérisoire !

C’est une « poésie à récapitulation » : on reprend depuis le début, en ajoutant à chaque strophe… Tout cela fait une œuvre qui interroge et qui charme. Interrogation : comment Baptiste César fait-il pour magnifier ses sources ? Et bien je crois qu’à chaque fois, il récapitule en mieux. Prenez ce souvenir précieux, racontezle, simplifiez-le, compliquez-le, transformez le : vous l’aurez récapitulé en mieux. Oui, mais le charme ? C’est qu’on a l’impression de suivre un fil sans comprendre. Magie ! Philtres ! Charmes ! Masques ! Les masques fabriqués par l’artiste sont comme tous les masques dont on arrive à parler un petit peu : ils cachent, ils révèlent, ils parlent, ils se taisent, ils font peur, ils font rire, etc. Mais aussi, ils sont chamaniques et sortent de la logique binaire que je viens d’évoquer. Baptiste César évoque à leur propos les morts vivants : les zombies ! Brrr… C’est vrai qu’ils font froid dans le dos. Au-delà de cette première impression, les couleurs, les éléments de costume qui les accompagnent, tout contribue à les rendre intéressants. On y voit les dents, c’est rare dans un moulage : sourire, grimace, menace, douleur ? Ces moulages sont ceux du visage de l’artiste. Oui mais : est-ce le Baptiste décapité sur l’ordre de Salomé, ou César le conquérant impérial ? J’ai annoncé un mot sur ce nom de Baptiste César, et j’en ai peut-être assez dit. Une anecdote toutefois : quand il était étudiant à la Villa Arson, je crois qu’à l’exception du personnel administratif, personne ne savait lequel de Baptiste ou de César était son
nom ou son prénom.

Regardons-le costumé en drapeaux du monde entier. Un acte politique – bien sûr ! Un déguisement – aussi !
Cet homme est secret, cet artiste est généreux. Sa première exposition personnelle à Nice fera date.

Éric Duyckaerts, le 29 novembre 2014.

Voir le communiqué de presse

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