Exposition

DEL’ART N°19

15 décembre 2010 – 15 mars 2011 En couverture : Adrian Schiess                                         Les travaux les plus connus d’Adrian Schiess sont sans doute ses “Flache arbeiten” (oeuvres plates). travaux qui lui ont souvent valu d’être considéré, à […]

15 décembre 2010 – 15 mars 2011

En couverture : Adrian Schiess

Adrian Schiess  Mimosas 240 x 200 cm acrylique sur nylon. Courtesy Catherine Issert. © Photo François Fernandez

Adrian Schiess
Mimosas
240 x 200 cm
acrylique sur nylon.
Courtesy Catherine Issert.
© Photo François Fernandez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les travaux les plus connus d’Adrian Schiess sont sans doute ses “Flache arbeiten” (oeuvres plates). travaux qui lui ont souvent valu d’être considéré, à tort, comme un artiste concret ou minimal, et quelque peu aride. Pourtant son oeuvre recèle des travaux très éloignés de cette aridité, des travaux poétiques et même lyriques aux éléments parfois baroques, profondément visuels, évoquant immédiatement monet, De Kooning, ou twombly. ses titres en appellent à la nature – été, mimosa, Lever de lune… – et plus encore au temps, dont l’oeuvre refl ète une approche particulière. cosmique avant tout, chaque peinture fait partie d’un tout –et c’est là un élément presque romantique des Flache arbeit, un éternel “work in progress” qui ne cherche ni à se stabiliser ni à se définir, bien au contraire. Ce qui intéresse plutôt l’artiste, c’est de “réunir la peinture et la réalité.”* L’expérience du présent comme seul idéal se pose comme la véritable trame : les refl ets sur la laque des peintures s’allument et s’éteignent, se déplacent, changent, disparaissent. L’artiste y voit “les images éternellement fuyantes de la réalité et du présent”*. un idéal à la fois “triste et beau”*, “mélancolique”* par son aspect irrémédiable, et par l’incontournable absence de vérité dont il ouvre le gouffre devant nous.

proche de la pensée zen, mais aussi du courant occidental de la philosophie tragique (montaigne écrivait “Je ne peins
pas l’être, je peins le passage”), adrian schiess nous fait sentir par des moyens purement visuels, en dehors de
tout discours et peut-être ainsi de tout concept – (doit-on considérer que sentir et comprendre sont réellement
deux démarches différentes, ou qu’elles sont au contraire intimement mêlées ?) les limites non seulement de la peinture mais aussi de notre existence. Le résultat alors importe peu : importe bien plus le processus, témoignage
de la vie, et la vision totale d’une oeuvre unique, assimilable à l’univers infi ni, dont la sienne propre ne serait qu’un fragment. L’utilisation de matériaux technologiques et modernes, au lieu d’établir notre capacité à dominer les événements et à maîtriser notre condition, met en lumière la sujétion de l’individu à l’ensemble, ce que schiess appelle “cette éternelle histoire du drame humain”* : infi nitésimale
parcelle d’un tout, il y retournera toujours, quelles que soient ses agitations vaines ou ses aspirations, ses réussites. Plus éternels peut-être, la volonté qui préside à nos gestes, le renouvellement incessant des formes, l’expérience de peindre mais aussi celle de regarder : l’élément révèle le tout, et l’instant l’éternité.

Claire Bernstein

*Les phrases citées proviennent de divers interviews d’adrian schiess.

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