Exposition

Cristal : Michel Blazy, Jean-Luc Blanc, Sylvie Fanchon, Djamel Kokene

Cristal de roche, dark cristal, boule de cristal, cristal de pacotille … Circonstance galerie présente une topologie ludique et déroutante du « cristal », regards croisés de quatre artistes : Jean-Luc Blanc, Michel Blazy, Sylvie Fanchon, Djamel Kokene Dorléans   Michel Blazy Artiste du vivant et des choses domestiques, Michel Blazy a puisé cette fois dans le […]

Cristal de roche, dark cristal, boule de cristal, cristal de pacotille …

Cristal

sans-titre / huile sur toile / 2015 / Jean-Luc Blanc)

Circonstance galerie présente une topologie ludique et déroutante du « cristal », regards croisés de quatre artistes : Jean-Luc Blanc, Michel Blazy, Sylvie Fanchon, Djamel Kokene Dorléans

 

Michel Blazy

Michel Blazy -photo Olivier Roche

Artiste du vivant et des choses domestiques, Michel Blazy a puisé cette fois dans le bac à légumes. (On se souvient de ses peaux d’orange empilées les unes sur les autres et de la moisissure qui les pare).

Un oignon doré qui germe. Une pomme de terre rabougrie dont le germe a réussi à percer la feuille d’or. Germination  : ultime dérisoire eldorado. Il faut mourir pour renaître selon le cycle du temps des cultures maraîchères. Or, l’or ne s’altère pas, jaune comme le soleil au zénith, symbole du pouvoir, il résiste, contrairement au fer qui rouille, à l’étain qui ternit et à l’argent qui noircit. Le métal est triste, il ne meurt pas, il est stérile. – Faut-il  aussi y voir une signification contestataire  ? – Oui, de même, également. L’or est symbole d’éternité, grâce à ses qualité inaltérable. Quand il recouvre du vivant, il suscite un trouble  : l’œil a l’habitude de le voir sur de la matière morte (bois, acier ou momie). Contradiction (ou oxymore) de l’inerte et du vivant.

L’agencement est trop précis pour accorder quelque crédit au « laisser faire » duquel l’artiste a pu se revendiquer. Si « laisser faire » il y a, il s’agit peut-être de la nécessaire disposition d’esprit, vacance ou ouverture, de celui qui attend les épiphanies* des choses du monde et de la vie. Il ne faut pas y voir d’advienne que pourra. Plutôt la sérendipité, « véritable disposition au sens philosophique du terme, c’est-à-dire une capacité ou habileté de l’être humain » et la surprise, voire l’étonnement, devant ce qu’on trouve qu’on ne cherche pas.

*Sens figuré, en littérature : moment d’intense révélation qui illumine, de façon souvent imprévue, le poète ou le romancier. Pour Joyce, ces moments privilégiés doivent nourrir l’inspiration de l’écrivain.

Jean-Luc Blanc

Jean-Luc Blanc

Les dessins et les peintures de Jean-Luc Blanc pourraient être tirées des films qu’il n’a jamais réalisés. Ils sont ce qui reste quand l’image de référence a disparu. Proches, en cela, des images fantômes dont parlait Hervé Guibert, (photographie manquée que l’écriture littéraire réanime), représentation mentale et littéraire, support de mémoire, elles rendent visible une photographie non réalisée. Les peintures et les dessins de Jean-Luc Blanc marquent les points de divergence entre deux représentations parallèles et rendent visibles des images déjà-connu, subliminales.

Dans ce trouble, il semble à l’œil qui voit avoir déjà vu, il se souvient. Il n’est déjà plus le simple organe de la vue  : il est devenu regard, ce sont les œuvres qui l’ont transformé.

« Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est; et cela nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil, avec leurs pareils, nous volons vraiment d’étoiles en étoiles. » Marcel Proust, La Prisonnière, p. 76.

Djamel Kokene Dorléans

Djamel Kokene Dorleans

Sculptures, dessins, vidéos, installations, photographies, tout autant de traces, perdues et retrouvées, d’une recherche d’un geste artistique à travers des références philosophiques, sociologiques, littéraires, cinématographiques …

Références multiples, pluralité des œuvres, la question de l’identification est délibérément évacuée par Djamel Kokene Dorléans : insatiable dans sa curiosité, singulier, il passe d’un sujet à l’autre, processus itinérant dans lequel pratique et théorie sont liées, faisant de l’identité de l’artiste une construction en perpétuel devenir, artiste-stagiaire ou artiste-chercheur.

Cette exposition révèle la multiplicité hétérogène du travail de Djamel Kokene Dorléans dont les œuvres sont signe et singe (titre de l’une de ses inscriptions sur un mur, 2012), fake. Elles sont les traces, ce qui reste, les empreintes d’un penser, plutôt que d’une pensée, substantif qui dit une démarche à la fois de l’esprit et de l’imagination, sa façon de dire les choses et de rejouer le monde.

Textes : Alexandra Majoral

Photos : Olivier Roche

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