du jeudi 7 novembre 2019 au jeudi 7 mai 2020

Conférences d’Histoire de l’Art et des Idées


 

De novembre 2019 à mai 2020 (certains jeudis à 19h)


Ouvertes à tous les publics. Entrée libre

Le cycle de conférences d’Histoire de l’Art et des Idées que la villa Arson – école nationale supérieure d’art – inaugure cette année s’inscrit en appui de l’enseignement qui y est donné.
Il entend répondre au principe qui depuis toujours prévaut à l’école : pratiquer et penser l’art constituent un seul et même objectif.
C’est sous le signe de la pluralité que s’inscrit ce cycle. Les présentations de chaque intervenant ne répondent pas à une ligne ou à une thématique prédéfinie mais font état des recherches de chacun d’entre eux, des travaux qu’ils ont engagés ou des chantiers qu’ils vont ouvrir.
Il en ressort une grande diversité qui reflète la richesse du questionnement actuel sur l’art : notifier les rapports de l’art contemporain à la préhistoire ; questionner, à travers l’œuvre d’un artiste, la relation de l’art à l’histoire ; dévoiler dans celle d’un autre son refus de la modernité ; rendre compte du projet récurrent de faire fusionner art et vie ; analyser les effets de la maladie sur la production artistique ; examiner le contexte de moralisation et les conséquences sur l’art de la censure éthique ; interroger la notion de « genre » dans l’art ou poser la délicate question de la restitution des œuvres issues d’autres pays ou d’autres cultures.
Autant d’interrogations qui, opportunément, évoquent l’actualité de notre monde, discutent des choix opérés et analysent les idées qui y circulent.

Ce cycle est ouvert à tous les publics. L’entrée y est libre et gratuite.


Jeudi 7 novembre 2019 à 19h


L’art et la vie


par Maurice Fréchuret

De L’Art dans tout, un regroupement de créateurs qui se forme à l’extrême fin du XIXème siècle aux protagonistes du mouvement Arts & Crafts et à tous les autres artistes influencés par la pensée de John Ruskin, une redéfinition de l’art doit nécessairement être menée, souvent en accord avec les mouvements politiques les plus engagés.
Au XXème siècle, un tel questionnement sera au cœur de la réflexion et de la pratique de nombreux mouvements artistiques. Le questionnement se pose avec âpreté pour les Dadaïstes et pour nombre de mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle. Après la seconde guerre mondiale, et sans doute parce jamais autant qu’à ce moment la personne humaine et son existence même ont été niées, le rapport de l’art et de la vie est au centre de tous les questionnements. Les Lettristes révolutionnaires engagent alors une réflexion que les Situationnistes vont poursuivre et développer de manière exemplaire. Au même moment, en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Asie, des mouvements se constituent avec comme objectif de dépasser la pratique artistique en la transformant en autant de séquences de vie. Fluxus, Gutaï et d’autres mouvements comme les Neo Dada Organizers ou le High Red Center, les groupes Ecart et Untel… sont, à ce titre, les courants qui ont le plus contribué à cette fusion. Leurs propositions, comme celles de créateurs plus individuels, trouvent aujourd’hui encore à résonner dans l’œuvre de jeunes artistes qui, renonçant à produire de nouveaux objets, privilégient la richesse des échanges et la qualité de la relation.
Maurice Fréchuret est historien de l’art et conservateur en chef du patrimoine, détenteur d’un doctorat de Sociologie et d’un doctorat d’Histoire de l’Art.
Conservateur au musée d’Art moderne de Saint-Étienne de 1986 à 1993, du musée Picasso à Antibes de 1993 à 2001 ; puis directeur du capc – Musée d’art contemporain de Bordeaux de 2001 à 2006, et conservateur des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes de 2006 à 2014.
Principales publications : L’art et la vie, comment les artistes rêvent de changer le monde, XIXe –XXIe siècle, Les Presses du réel, 2019 ; Effacer, paradoxe d’un geste artistique, Les Presses du réel, 2016. Prix Pierre Daix, 2016 ; Exils, (en collaboration avec Laurence Bertrand-Dorléac), RMN, 2012 ; Les Années 70, l’art en cause, RMN, 2003 ; L’Art médecine (en collaboration avec Thierry Davila), Musée Picasso, Antibes, RMN, 1999. ; L’Envolée, L’enfouissement, Skira, RMN, 1995 ; La Machine à peindre, Jacqueline Chambon, 1994 ; Le Mou et ses formes, éditions ENsBA, 1993 puis Jacqueline Chambon, 2004.


Jeudi 21 novembre 2019  à 19h


Anselm Kiefer : le reenactment de l’histoire allemande


par Eric Michaud

« Ma biographie est la biographie de l’Allemagne » aime répéter Kiefer. En identifiant délibérément sa propre histoire à celle de son « pays », l’artiste semble avoir acquis tous les droits d’une mémoire collective nationale qui demeure à vif, soixante-quinze ans après la fin des crimes du national-socialisme. Or, depuis les reenactments provocants du salut nazi de ses premières photos de 1969, les critiques des œuvres de Kiefer évoquant, de près ou de loin, l’histoire de l’Allemagne nazie se déclinent de trois manières très distinctes. Soit ces critiques font l’apologie pure et simple de ces œuvres, soit elles en affirment la condamnation la plus radicale, soit encore elles font l’éloge de leur « ambiguïté » ou de leur « ambivalence ». En interrogeant la relation à l’histoire qu’instaure tout reenactment, la conférence examinera la portée de chacune de ces positions critiques.
Eric Michaud est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Paris.
Il a été professeur invité à Johns Hopkins University, Duke University, University of Virginia, New York University et Universidad Nacional de San Martín, Buenos Aires. Ses recherches portent sur les figures de l’homme nouveau aux XIXe et XXe siècles, au croisement de l’art, de la politique, de la propagande et de la notion de race. Il a notamment publié Théâtre au Bauhaus (L’Âge d’Homme 1978), Un art de l’éternité. L’image et le temps du national-socialisme (Gallimard 1996), Fabriques de l’homme nouveau, de Léger à Mondrian (Carré, 1997), Histoire de l’art : une discipline à ses frontières (Hazan, 2005), Les invasions barbares. Une généalogie de l’histoire de l’art (Gallimard, 2015), La fin du salut par l’image et autres textes (« Champs », Flammarion, février 2020).


Jeudi 9 janvier 2020 à 19h


Pour en finir avec la nature morte


par Laurence Bertrand Dorléac

Pourquoi faut-il se débarrasser de cette expression inepte de « nature morte » qui ne rend pas compte de l’agency des choses pourtant bien comprise par les artistes depuis la Préhistoire ?
Une promenade visuelle dans le temps et l’espace nous permettra de mesurer à quel point ce « genre » artistique, à la fois désuet et durable, mérite d’être revisité à la lumière de nos préoccupations contemporaines alimentées par les sciences humaines et sociales. Surtout, les artistes contemporains nous invitent à ouvrir le jeu des correspondances entre les œuvres actuelles et celles du passé.
Laurence Bertrand Dorléac est historienne de l’art et professeure à Sciences Po où elle dirige le séminaire Arts et Sociétés.
Elle est l’auteure de nombreux textes dont : L’Art de la défaite. 1940-1944, 1993, Seuil; Art of the Defeat. France 1940-1944, Getty Research Institute, 2008 ; L’ordre sauvage. Violence, dépense et sacré dans l’art des années 1950-1960, Gallimard, 2004 ; Après la guerre, Gallimard, 2010 ; Contre-déclin. Monet et Spengler dans les jardins de l’histoire, Gallimard, 2012 ; Nach der Befreiung. Frankreich und die Kunst (1944-1947), übersetzung aus dem Französischen von Tom Heithoff, Deutscher Kunstvergal, 2016. À paraître en avril 2020 : Pour en finir avec la nature morte, Gallimard. Elle est commissaire d’expositions : L’art en guerre, France 1938-1947, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 2012 / Guggenheim de Bilbao, 2013, avec Jacqueline Munck ; Exils. Réminiscences et nouveaux mondes, Musées nationaux du XXe siècle des Alpes Maritimes, avec Maurice Fréchuret, 2012 ; Les désastres de la guerre. 1800-2014, Louvre-Lens, 2014 ; Artistes & Robots, Grand Palais, 2018, avec Jérôme Neutres. Elle prépare une exposition sur Les choses au Louvre (printemps 2022).


Jeudi 30 janvier 2020 à 19h

Nouveau moralisme et nouvelles censures

par Carole Talon-Hugon

L’art peut-il être jugé, condamné ou censuré sur des critères moraux, politiques ou sociétaux ?  Cette question, il y a peu jugée déplacée, retrouve une brûlante actualité. Se multiplient en effet de nouvelles formes de censures (demande de boycott des films de Woody Allen ou d’une rétrospective Polanski, pétition pour le retrait de Thérèse rêvant de Balthus d’un musée, censure d’une installation L’Ennemi de mon ennemi de Neïl Boulafa, annulation de la pièce Kanata de Robert Lepage, etc.). Après des décennies d’art formaliste, auto-réflexif ou transgressif, l’art se trouve plongé dans une atmosphère globale de moralisation. Je procéderai ici à un état des lieux, à une mise en perspective historique qui fait ressortir la particularité de la situation actuelle, et à une analyse critique des formes prises aujourd’hui par la censure éthique. La question étant finalement de savoir ce que l’art et l’éthique ont à gagner et à perdre dans ce tournant moralisateur de l’art contemporain.
Carole Talon-Hugon est professeur de philosophie à l’Université Paris-Est Créteil et membre de l’IUF.
Elle préside la Société Française d’Esthétique et est directrice de publication de la Nouvelle Revue d’Esthétique. Dans le domaine de l’esthétique et de la philosophie de l’art, elle a publié L’Esthétique (Puf, 5ème éd. 2018), Goût et dégoût. L’art peut-il tout montrer ? (J. Chambon, 2003), Morales de l’art, Puf, 2009, Le Conflit des héritages, (Actes Sud, réed. 2017), L’Art victime de l’esthétique (Paris, Hermann, 2014), une Histoire philosophique des arts en 5 volumes (Paris, Puf, 2014-2018), et L’Art sous contrôle (Paris, Puf, 2018).


Jeudi 5 mars 2020 à 19h


L’art en sida, 1981-1997


par Thibault Boulvain

Jusqu’en art, la crise du sida est un tournant majeur de l’histoire contemporaine. Notre intervention couvrira la période allant de ses origines (1981) à la révolution thérapeutique de la fin des années 1990, et s’intéressera à son impact sur les artistes américains et européens et leurs œuvres. Ceux-ci, sur la question, ont trop rarement été regardés ensemble, et pourtant : de Cindy Sherman à Derek Jarman, de Niki de Saint Phalle à Jeff Koons, de Gilbert & George à Jenny Holzer, de Michel Journiac à David Wojnarowicz, l’on repère le même saisissement dans les représentations, qui ne pouvaient alors plus être les mêmes, et pour cause. Y est en effet passé tout ce qui travaillait les sociétés occidentales au temps de l’épidémie, et d’abord le pire d’elles-mêmes, qui se défoulait dans un espace social considérablement abîmé par la crise épidémique. Les images s’en souviennent, comme des forces de résistance qui lui furent opposées, et de la volonté intraitable de n’y rien céder, de sortir par tous les moyens d’une situation bloquée. Il s’agit alors d’envisager la possibilité d’écrire une histoire de la maladie à partir des très nombreuses représentations qui la firent autant qu’elles ont été provoquées par elle.
Historien de l’art et historien, docteur en histoire de l’art de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Thibaut Boulvain a été chargé d’études et de recherche à l’INHA (2013-2016). Boursier postdoctoral de la Fondation de France, il est rattaché au Centre de recherche Histoire culturelle et sociale des arts, université Paris 1 Panthéon- Sorbonne, Paris. Auteur de nombreux textes, il a notamment publié dans Les Cahiers du Musée national d’art moderne, La Revue de l’art et Perspective : actualité en histoire de l’art. L’art en sida. Les représentations de la séropositivité et du sida dans l’art américain et européen, 1981-1997, l’ouvrage issu de sa thèse de doctorat, paraîtra en 2020 aux presses du réel. Il est enseignant à l’École du Louvre, où il anime le séminaire « Explorer les soleils. Les artistes contemporains et le monde méditerranéen. 1950 à nos jours », à la Faculté des humanités de l’Université catholique de l’Ouest (Angers), enfin à Sciences Po Paris.


Jeudi 19 mars 2020 à 19h


À rebours de la modernité : Edward Hopper


par Didier Semin

On s’interroge souvent sur la nature de le la mélancolie qui se dégage des tableaux d’Edward Hopper : ils ont, naturellement, comme toutes les œuvres d’art, de multiples significations qu’aucun commentaire jamais n’épuisera. Mais on peut conjecturer que l’accablement du peintre, qui transparaît dans toutes ses toiles, est en bonne partie liée à sa haine des temps modernes — à tout le moins, au sentiment d’y être totalement étranger. Hopper pourrait être défini comme un artiste du XIXème siècle qu’un hasard malheureux aurait fait vivre au XXème. On interrogera cette hypothèse à partir d’un tableau qui pourrait, en apparence, la démentir : People in the Sun, 1963 (une œuvre tardive donc, Hopper est mort en 1967). Où se logent le désespoir et l’angoisse de la nouveauté, dans la représentation d’une petite assemblée oisive qui semble se prélasser au soleil d’une fin d’après-midi ?
Né en 1954, Didier Semin a fait des études d’histoire de l’art à l’université de Strasbourg. Il a occupé les fonctions de conservateur successivement au musée des Sables-d’Olonne, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et enfin au Centre Pompidou, où il était chargé de la collection contemporaine jusqu’en 1998. Il enseigne l’histoire de l’art à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris depuis 1999.
Parutions récentes : Markus Raetz, infimes distorsions, L’Échoppe, Paris, 2013. Marcel Duchamp, Le Paradigme du dessin d’humour, Cully, KMD/The Forestay Museum, 2015 ; Le Film et le champ de bataille, Samuel Fuller, The Big Red One, Paris, L’Échoppe, 2017 ; Barry Flanagan, Solutions imaginaires, catalogue d’exposition, Paris, Galerie Lelong & Co., 2019 ; Duchamp contre Picasso. L’Applaudimètre étalon, Paris, L’Échoppe, 2019.


Jeudi 9 avril 2020 à 19h


La préhistoire à l’âge atomique


par Maria Stavrinaki

L’invention et l’usage de la bombe atomique a été interprété par ses contemporains comme un changement d’âge géologique et d’âge culturel pour l’espèce humaine. Le bond dans un futur inconnu semblait devoir automatiquement déclencher un bond dans le passé oublié — à  vrai dire jamais vécu — d’une Terre sans l’homme. Car ce qu’on appelait désormais « la révolution atomique », rupture qui paraissait aussi radicale mais plus étourdissante encore que celle de la « révolution néolithique », promettait à l’humanité deux destins diamétralement opposés : son extinction, ou la domestication totale de la terre — jusque dans ses manifestations les plus périlleuses, jusqu’à ses extrémités les plus inhospitalières, perçant ce qu’Ernst Jünger nommait « le mur du temps », ouvrant enfin sur la colonisation du cosmos.
Dans cette conférence, nous suivrons la façon dont des penseurs aussi différents que Georges Bataille et Pier Paolo Pasolini et Lewis Mumford ont pensé ce qui pouvait être un seuil ou une fin. Mais nous nous attacherons aussi à voir les façons dont la « caverne » s’impose pour la première fois dans l’imaginaire des artistes des années 1940-1950 tels que Lucio Fontana, Pinot Gallizio ou Frederick Kiesler.
Maria Stavrinaki est maîtresse de conférences HDR à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne.
Elle a récemment publié Contraindre à la liberté; Carl Einstein, les avant-gardes, l’histoire (Centre allemand d’histoire de l’art, 2018), Le sujet et son milieu: huit essais sur les avant-gardes allemandes (Mamco, 2018) et, plus récemment, Saisis par la préhistoire. Enquête sur l’art et le temps des modernes (Les presses du réel, 2019). Elle a été co-commissaire de l’exposition Préhistoire, une énigme moderne au Centre Pompidou (mai-septembre 2019)


Jeudi 7 mai 2020 à 19h


Notre héritage nous écrase t-il ? Musées, provenances et restitutions au début du XXIe siècle


par Bénédicte Savoy

En 1923, Paul Valéry, après une visite au musée du Louvre, notait dans un essai devenu célèbre : “ notre héritage nous écrase ”. Un siècle plus tard, la question de la provenance des œuvres d’art dans nos musées, celle de leur utilité et de leur possible ou impossible restitution est d’une brûlante actualité. Sommes-nous capables aujourd’hui de supporter cet héritage ? Et si oui, comment ?
Bénédicte Savoy est professeure d’histoire de l’art à la Technische Universität de Berlin et titulaire de la chaire internationale « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIe-XXe siècle » au Collège de France à Paris. Ses travaux portent notamment sur les translocations patrimoniales depuis l’Antiquité. En mars 2018, elle a été chargée par le président de la République, avec le professeur Felwine Sarr de l’université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal), d’étudier les conditions de restitution aux pays africains d’œuvres d’art actuellement conservées dans les musées français.