Exposition, Visite

Bauno dede lesbannemade

4e édition du Noël de l’art, parcours d’art contemporain Aurélie Ferruel et Florentine Guédon Avec la participation des classes de CP-CE1, CM1-CM2 de l’école Pasteur et CE2 de l’école Cézanne – Embrun En partenariat avec la Maison du berger (Champsaur-Valgaudemar) Aurélie Ferruel et Florentine Guédon sont les artistes invitées pour cette quatrième édition du Noël de […]

4e édition du Noël de l’art, parcours d’art contemporain

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon

Avec la participation des classes de CP-CE1, CM1-CM2 de l’école Pasteur et CE2 de l’école Cézanne – Embrun

En partenariat avec la Maison du berger (Champsaur-Valgaudemar)

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Aurélie Ferruel et Florentine Guédon sont les artistes invitées pour cette quatrième édition du Noël de l’Art, parcours d’art contemporain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occasion, elles ont conçu une série d’expositions intitulée Bauno dede lesbannemade, qui se déploie dans des boutiques, fermées durant cette période hivernale. Comme l’année dernière, ce projet a été mené dans le cadre d’une résidence d’artistes en milieu scolaire. Les réalisations présentées sont ainsi le fruit d’une étroite collaboration entre les artistes et les enfants qui ont participé à ces ateliers.

 

Quand Aurélie Ferruel et Florentine Guédon sont arrivées début octobre, elles connaissaient déjà Embrun pour y avoir exposé un mois auparavant. Elles en avaient profité pour prendre quelques contacts, notamment auprès de bergers et de tisserands. Il n’était en effet pas question pour elles d’intervenir sur ce territoire sans en explorer les contours, ou plutôt les plis (entendus aussi comme reliefs pour cette région montagneuse), ces lieux d’échanges et de transmission. Là où tout commence, tout se crée, là où se constitue le socle culturel dont chacun hérite.

Elles ont ainsi rencontré des habitants détenteurs de savoirs et de gestes qui se perpétuent au sein d’une communauté. Pour ce projet à Embrun, elles ont eu très tôt l’intuition que la confection de la laine et la nature des différents intervenants que cette filière regroupe, pourrait nourrir les questions d’appartenance sociale, culturelle mais aussi identitaire qu’elles ne cessent de poser depuis six ans qu’elles travaillent ensemble.

 

En tant que filles et petites filles de paysans, couturière et émondeur, elles portent un regard particulièrement sensible et curieux sur ces hommes et femmes qui oeuvrent à la préservation mais aussi – et c’est ce qui les intéresse particulièrement – au renouvellement de ces pratiques ancestrales. Les techniques évoluent bien-sûr, mais l’histoire qu’elles racontent poursuit toujours le même fil : on s’habille, on mange, on boit, on se recueille, on célèbre des hommes, des dieux, on danse et on chante. Autant de rituels quotidiens ou exceptionnels qui marquent une appartenance à un collectif que l’on reconnait.

 

A mesure de leurs recherches ces dernières semaines, Aurélie Ferruel et Florentine Guédon ont ainsi été orientées, grâce aux échanges nourris avec Guillaume Lebaudy (ethnologue, directeur de la Maison du Berger, Champsaur-Valgaudemar) et Marie-Thérèse Chaupin (de l’atelier Laines d’Europe) vers les marques laissées par les bergers, des dessins ou des mots gravés dans la pierre, durant leurs longs séjours à veiller sur les troupeaux de moutons. Témoignages introspectifs pour ces hommes confrontés à la solitude, les graffitis sont aussi considérés comme signatures, signes de reconnaissance au sein d’une communauté resserrée.

 

Lors de chacune de leurs interventions auprès des scolaires, les artistes leur ont fait ainsi part de leurs découvertes, afin qu’ils puissent à leur tour nourrir le projet laissé volontairement très ouvert au départ. Elles tenaient à partager cet état de disponibilité nécessaire à la création. Avec une spontanéité et un esprit de synthèse propres aux enfants, ils ont ainsi opéré un rapprochement formel finalement assez évident entre les marques laissées par les bergers et les hiéroglyphes. Hypothèse argumentée par le fait que très probablement –  d’après leurs propres termes – les constructions des pyramides auraient été motivées par l’absence de montagnes en terre égyptienne ! C’est ainsi que l’imaginaire de Bauno dede lesbannemade allait prendre forme, en croisant les cultures, le dessin et l’écriture, le passé et le présent, le lointain et le proche, le documentaire et la fiction.

 

L’histoire a ainsi conduit Aurélie Ferruel et Florentine Guédon à Turin pour visiter le musée de l’Egypte. Des reliques et les objets rassemblés dans les tombeaux destinés à être utilisés par le défunt dans l’au-delà, ont particulièrement retenu leur attention, probablement guidées par leur fascination pour les objets de culte. Surtout ils leur ont rappelé le témoignage de Pascaline Kropp, une bergère rencontrée à Embrun. Elle leur avait en effet détaillé le contenu du sac à dos qui l’accompagne en montagne. Elle y rassemble tout le nécessaire pour travailler, se divertir et pallier aux moments de solitude dans cette vie ascétique. Poursuivant le raisonnement des enfants, elles ont associé la valeur symbolique des objets « de transition »  égyptiens aux outils de Pascaline. Ces mêmes accessoires que les bergers portaient sur eux (des clous et plus rarement des couteaux) et utilisaient aussi pour témoigner de leur passage dans ces terres isolées.

 

Bauno dede lesbannemade, c’est une histoire d’objets, de gestes et d’écritures sans cesse réinventée. Aurélie Ferruel et Florentine Guédon ne rendent en effet pas hommage aux formes issues du passé mais célèbrent le pouvoir des hommes à les transformer, à les rejouer. Les enfants l’ont d’ailleurs bien compris, nombre d’entre eux se sont pris au jeu d’imaginer une nouvelle langue dont Bauno dede lesbannemade pourrait en constituer les premiers balbutiements.

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