du vendredi 1 février 2019 au dimanche 24 mars 2019
Vernissage vendredi 1 février 2019

à 18h

AU SUQUET DES ARTISTES

7 rue Saint-Dizier à Cannes

 

Aam Solleveld, Witte Arena 1, 2016

 

Commissariat : Bérangère ARMAND

Du samedi 2 février au dimanche 24 mars 2019, la Mairie de Cannes présente l’exposition « Now, it’s the moment where the story can start again » au Suquet des Artistes. Situé dans le quartier historique de la ville, le Suquet des Artistes est un espace d’exposition et de production dédié à l’art contemporain. Il a été créé dans le cadre du projet de mandat de David Lisnard, maire de Cannes, pour être consacré à la jeune création actuelle dans un but de sensibilisation culturelle à l’attention de tous les publics.

Pour cette exposition, la Mairie de Cannes a invité la commissaire Bérangère Armand à réfléchir à l’architecture du site. Elle incite le visiteur à regarder d’un œil neuf ce lieu singulier qui fût l’ancienne morgue de Cannes en exposant le travail de deux artistes contemporaines (Aam Solleveld et Joséphine Kaeppelin). L’installation de Aam Solleveld reliant l’extérieur et l’intérieur du site, constituée de bandes adhésives engage le visiteur à devenir part intégrante d’une œuvre éphémère. L’affichage de Joséphine Kaeppelin appelle quant à lui à imaginer le futur du lieu.


Bérangère Armand, commissaire d’exposition, pense ses projets à partir des lieux. Qu’il s’agisse de peintures, de sculptures, d’installations ou de vidéos, la commissaire cherche toujours à inviter le visiteur dans une balade surprenante.

Ici, dans le dédale de 900 mètres carrés, deux espaces s’imposent à son regard. Le premier espace choisi est la cour extérieure, un vide qui accueille le visiteur en première instance, un palier entre deux mondes : le monde cosmopolite de la vieille ville d’une part et le monde intriguant de l’art d’autre part. Ce lieu interstitiel se dévoile d’en haut, puis on y déambule pour atteindre l’entrée du centre d’art. Cette cour est une contre-forme, le dessin en négatif d’immeubles rasés. Le plan de cette cour, dessiné par accident, porte en lui la mémoire poétique de la construction absente. Le second espace choisi est la grande salle intérieure qui s’apparente à une non-forme avec ses angles improbables et son étrangeté de souterrain.

Rapidement, il devient clair, qu’une œuvre in situ, pourrait, le temps de l’exposition, reconfigurer ces espaces et leur donner une « ligne claire[1] » quoique éphémère. L’idée de « ligne claire » a été formulée pour la première fois aux Pays-Bas, en 1977, pour décrire le style d’Hergé reconnaissable à son graphisme sobre, à ses traits d’épaisseur régulière et sa recherche de clarté.

Grâce à une trame abstraite à la « ligne claire », l’artiste néerlandaise Aam Solleveld se saisit de ces deux espaces aux contours étranges. Elle y déploie des lignes multiples sur le sol et le bas des murs. Le damier immense transforme le visiteur en une sorte de personnage de fiction. Son regard est orienté vers la trame. Le regardeur se concentre sur ce plateau de jeu dont il devient un acteur, comme propulsé corps et âme dans le tableau.

Virtuose du mélange de références a priori inconciliables, Solleveld formule un univers nouveau modelé à partir d’inspirations centripèdes. L’artiste flirte avec « la grammaire de l’ornementation »[2]. A sa manière, elle renoue avec la tradition ornementale mauresque dessinant des motifs avec les matériaux de notre temps : bandes adhésives et lumières « led ». Dans le même temps, son œuvre puise dans l’héritage du mouvement De Stijl fondé au Pays-Bas en 1917. Solleveld explore, à son tour, les questionnements de ce groupe d’artistes et d’architectes : la question de la limite de l’œuvre, le damier, la modularité, le lien entre intérieur et extérieur, l’usage de la ligne noire (etc). Mais, chez Solleveld, pas de dogmes, l’artiste compose, imagine, invente, modèle librement, se saisissant de l’architecture comme d’une matière première.

Solleveld choisit des éléments déjà connus, comme par exemple le motif de la trame, pour imaginer une forme nouvelle, inconnue qui n’a pas d’équivalent dans la réalité. Se faisant, elle nous invite à la fiction. La fiction n’est pas quelque chose d’absolument distinct de la réalité : au contraire, la fiction s’ancre dans la réalité.

Joséphine Kaeppelin, quant à elle, se promène dans l’espace public ou se rend dans les entreprises pour y faire des « audits ». Aux prises avec le réel, l’artiste converse, écoute, observe et glane des phrases dans des situations sociales connues. Ces fragments sont sortis de leur contexte, pour être offerts, ailleurs et autrement. Là encore, le travail de l’artiste consiste à manipuler des éléments du réel pour en proposer une forme inédite, nouvelle, empreinte de fiction.

Le décor est planté, les personnages sont désignés. L’histoire des lieux peut donc commencer, à nouveau :

Now, it’s the moment where the story can start again.[3]

Texte par we want art everywhere

[1] En 1977, Joost Swarte, Har Brok et Ernst Pommerel organisent à Rotterdam une exposition en l’honneur d’Hergé. Parmi les quatre livrets qui accompagnent la présentation, l’un deux se nomme : De klare lijn (La ligne claire).

[2] The grammar of ornament, Owen Jones, 1856, Day & Son, Lincoln’s Inn Fields, London, Edition 2016, Ivy Press Limited, 495 pages.

[3] Le titre de l’exposition est emprunté à l’artiste Joséphine Kaeppelin. Cette phrase apparaît dans sa série des « Billboards posters » : Il faut qu’il se passe quelque chose. (2014), Something is off. (2015), It’s already moving. (2015), We see something else. (2015), An image will arise. (2015), Now, it’s the moment where the story can start again. (2015), 6 affiches, Dimensions variables.

 

Aam Solleveld, W139, Amsterdam, NL, 2015
Tape installation on the walls and floor of the art space