du samedi 10 mars 2018 au dimanche 27 mai 2018
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Vernissage vendredi 9 mars 2018

à 18h

Gianfranco Baruchello, Finirà come Cola, 2009. Caisse en bois, collage et techniques mixtes, 50x70x10 cm D.R.

 

Peu d’artistes ont, comme lui, traversé le vingtième siècle avec suffisamment d’énergie pour en apporter au nôtre. Pour Gianfranco Baruchello, qui a jadis conduit Marcel Duchamp à Rome dans une Ferrari roulant à plein régime, il s’agit pourtant d’une énergie douce, durable, qui irrigue ses tableaux, ses sculptures, films et performances. Non pas « timide », comme celle de l’inventeur du ready-made, mais une énergie du minuscule et du détail.

Si Baruchello m’apparaît si important, et par contraste si méconnu, c’est avant tout parce que son oeuvre propose un régime spatial d’une immense originalité. Et parce que sa manière de fragmenter le monde, de le dilater à l’infini, résonne tout particulièrement à notre époque : les œuvres de Baruchello représentent des archipels de pensées, des circuits de formes, bref, très exactement ce que l’on peut percevoir dans les « formes-trajets » des artistes les plus intéressants de la nouvelle génération.

Si l’artiste italien, après avoir eu tant d’avance, semble enfin coïncider avec son temps, c’est aussi en raison de l’utopie concrète et écologique d’Agricola Cornelia, l’exploitation agricole en forme de projet artistique qu’il a fondé en 1973, qui a produit autant de formes novatrices que de légumes et de lait.

Militant, poète, cinéaste, peintre, définitivement inclassable, Baruchello fait partie de cette génération d’artistes (il est né en 1924) pour qui l’art était avant tout une forme de vie, et dans son cas précis un bolide expérimental lancé sur les routes de l’existence. Immense fresque pulvérisée en micro-détails, son oeuvre se présente comme un attentat contre tout ce qui est massif, continental, autoritaire : sa pensée fragmentaire, faite de notes et commentaires en bas de page du livre de la modernité, semble proposer une transition durable entre celle-ci et le monde contemporain.


Puisque l’époque semble enfin prête, nous pouvons revoir le siècle avec Gianfranco Baruchello.

Je remercie Jean-Pierre Simon et Eric Mangion de m’avoir sollicité pour être le commissaire de cette rétrospective à la Villa Arson, trois ans après l’exposition que j’avais organisée au Palais des Beaux-Arts de Paris autour d’Agricola Cornelia.

Nicolas Bourriaud
, Commissaire

 

Informations pratiques :

Exposition ouverte de 14h à 18h tous les jours, sauf le mardi. Entrée libre.

Fermée le 1er mai 2018.

Visite accompagnée « Rendez-vous / Point de vue sur l’expo », tous les jours d’ouverture à 15h. Durée 1h. Tarif : 5€

Plus d’informations sur https://www.villa-arson.org/2017/12/gianfranco-baruchello/

 

L’imagination au pouvoir, 1968. Photo : Claudio Abate et Ezio Gosti

 

Mostra minuscola del ’64. Petit cimetière d’opinions, 1963. Photo : Claudio Abate et Ezio Gosti

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